Главная страница «Первого сентября»Главная страница журнала «Французский язык»Содержание №6/2008

Arts et culture

La guitare devient sa passion et sa raison d’être

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« Plus est en toi ! » – cette devise de « la Franche Cordée » répond parfaitement à l’intuition de Jacques qui, insatisfait des modèles que lui proposent les adultes, veut participer à son amélioration. Les valeurs fondamentales étant la discipline, la rigueur et l’altruisme, chacun se doit d’être un exemple pour les autres.

Mais ce sont peut-être les activités théâtrales du groupe qui l’ont tout d’abord séduit. Parce que « la Franche Cordée » organise des spectacles, des tours de chant pour les présenter ensuite à son public dans les hôpitaux et les hospices. C’est une excellente occasion pour Jacques de manifester les dons de comédien et d’animateur qu’il avait acquis dans la troupe théâtrale de l’Institut Saint-Louis.

C’est à cette époque que le jeune Brel découvre l’instrument merveilleux qui va bouleverser sa vie : la guitare. Dès qu’il a en main cet instrument, Brel devient un autre homme. La guitare va être désormais inséparable de son existence. Elle va devenir sa passion et sa raison d’être.

Chaque dimanche, la petite troupe emprunte une camionnette de l’entreprise de cartonnerie et présente des spectacles dans les hospices et les hôpitaux. Brel adapte des textes (La Ballade des pendus de François Villon et surtout Le Petit Prince de Saint-Exupéry, qui sera toujours son auteur favori), écrit, compose et chante des chansons, pleines de bons sentiments, un peu naïves mais faisant preuve d’un talent prometteur. Heureux de se sentir utile, il trouve là ses repères : la liberté d’être lui-même, et l’oreille d’un public amical pour ses futures chansons.

La guitare est donc sa première découverte. Toujours à « la Franche Cordée », il en fait une autre : l’amour. Elle s’appelle Thérèse Micheisen (il l’appellera toujours « Miche »), une jolie fille blonde aux yeux très bleus. Coup de foudre pour les deux. Et mariage en 1950, après le service militaire. Ils auront trois filles : Chantal (1951), France (1953) et Isabelle (1958).

Tout à son nouveau bonheur, Jacques Brel compose. Il chante l’amour, la vie, le bonheur. Il se produit même à Bruxelles, dans un cabaret La Rose Noire, rue des Bouchers.

Puis il enregistre, en 1953, toujours à Bruxelles, un disque 78-tours qui réunit deux de ses titres : Il y a et La Foire. Alors la chance, une chance encore timide, vient à la rencontre du jeune compositeur-interprète. Le disque parvient à Paris où un homme l’écoute avec un vif intérêt. Cet homme, c’est l’imprésario Jacques Canetti, un grand découvreur de futures vedettes, qui dirige à cette époque le célèbre cabaret-théâtre des Trois Baudets. C’est là, que débutent des artistes. En voilà quelques-uns : Guy Béart, Georges Brassens, Philippe Clay, Raymond Devos, Les Frères Jacques, Serge Gainsbourg, Juliette Gréco, Robert Lapointe, Félix Leclerc, Francis Lemarque, Patachou, Les Quatre Barbus, Henri Salvador, Catherine Sauvage, Boris Vian…

Jacques Canetti télégraphie aussitôt à Brel : « Venez me voir immédiatement ! ». Il lui propose un engagement de deux semaines aux Trois Baudets.

Aller à Paris ! Brel n’hésite pas. L’aventure est hasardeuse, mais Jacques Brel la veut ainsi, c’est une bataille dont il veut mériter la victoire. Il ne sait pas encore quel accueil Paris peut lui réserver. « Le plus est en toi ! », se répète-t-il. Une telle devise oblige à se surpasser, à brûler son énergie jour après jour pour faire un pas de plus vers ce que l’on veut atteindre.

Et vivre, vivre ! Le tout, c’est de partir… Franchir le seuil et faire le premier pas. Rompre le cercle des habitudes et des amis, des traditions familiales, des paysages de l’enfance et de la sécurité, pour « aller voir ».

« Je rêvais de devenir Vasco de Gama. Les hommes sont faits pour ça. Je regardais les gens autour de moi, les voisins, les commerçants, les riches, les pauvres, et je me disais : “Ce n’est pas possible que ce soit ça la vie ! Que ce soit suffisant…” »

…le tango de la pluie sur la cour,
Le miroir d’une flaque
sans amour
Qui m’a fait comprendre un beau
jour
Que je ne serais pas Vasco
de Gama...

(Rosa)

Alors, à Paris ? Évidemment ! Il donne sa démission à son père, abandonne son bureau, sa famille, sa sécurité. Il rompt avec son passé en lui tournant le dos.

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Septembre 1953. Jacques Brel prend le train pour Paris. Maigre bagage : sa guitare et une valise. Rien de superflu. Dans les jours, les semaines, les mois qui viennent, il lui faudra d’ailleurs apprendre à vivre sans le superflu. Parfois même sans le nécessaire. Demain, donc, il sera un chanteur parmi la foule des autres. À Paris !

Celui-là a le cœur dehors
Et si frêle, et si tendre
Que maudits soient les arbres
morts
Qui ne pourraient point
l’entendre !
A plein de fleurs dans les yeux,
Les yeux à fleur de peur,
De peur de manquer l’heure
Qui conduit à Paris.

(Les Cœurs tendres)

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