Главная страница «Первого сентября»Главная страница журнала «Французский язык»Содержание №14/2007

Arts et culture

Salvatore Adamo (1943), un « tendre jardinier de l’amour »

Salvatore Adamo, 2007La carrière de Salvatore Adamo n’a pas commencé, comme on le croit, avec Vous permettez, Monsieur !. Bien avant cet énorme succès, qui a permis au public français de découvrir son immense talent, Adamo a déjà enregistré quelques titres dans sa Belgique natale. D’origine sicilienne, le jeune Salvatore connaît surtout les chansons italiennes. Bien que très timide, son amour de la chanson le pousse à se surpasser, et il s’inscrit fréquemment à des concours, gagnant souvent des prix... de consolation. Il n’ose pas en parler à ses parents, surtout à son papa. Il ne sait pas encore que ce sera son papa qui jouera son « agent », son « imprésario » en proposant ses enregistrements à des maisons de disques… qui, systématiquement, les refuseront. Mais commençons par le commencement…

Tout le monde ne peut faire du Johnny

Salvatore Adamo, 1960Salvatore naît en Sicile, le 1er novembre 1943. Son père, Antonio, est maçon, et sa mère, Concetta, s’occupe de son enfant. La vie est dure dans cette Italie ravagée par plusieurs années de dictature fasciste et une guerre qui l’a plongée dans la misère. Antonio décide d’émigrer, et en 1947, le petit Salvatore quitte son pays natal pour la Belgique, où son père a trouvé un emploi de mineur. La famille s’installe à Jemappes. Salvatore y grandit, apprend à lire et à écrire en français. Le soir, on écoute la radio italienne, et chaque matin Antonio se lève dans le noir pour s’acheminer vers la mine. De temps en temps, une sirène retentit, annonçant un accident, ce qui signifie le plus souvent que des mineurs sont morts. Le danger rôde, le travail est dur, mais ce travail-là permet à Antonio de nourrir sa famille qui s’agrandit de sept enfants.

Lorsque vient pour Salvatore le moment d’aller faire ses études, ses parents, rêvant de lui offrir un avenir digne, l’inscrivent chez les Frères des Écoles Chrétiennes, une très stricte et rigoureuse institution catholique. Salvatore est un élève consciencieux, solitaire et travailleur.

Comme tous les adolescents de l’époque, Salvatore se sent attiré par la musique anglo-saxonne, mais il s’intéresse aussi à la chanson française. Il est inspiré par les grands poètes français, Hugo et Prévert en tête, il admire Brel, Ferré, Brassens : « Ce sont eux qui m’ont donné l’envie d’écrire. Les écouter encore et toujours, c’est une manière de me ressourcer. J’étais différent à une époque où tout le monde voulait faire du Johnny1 . »

Brillant dans ses études, Salvatore obtient son baccalauréat avec mention. Il écrit ses premiers poèmes, apprend la guitare et se présente un jour au concours radiophonique, organisé par la Radio Luxembourg au Théâtre Royal de Mons. Tout ceci, bien entendu, se déroule en cachette de ses parents, qui regardent cette passion pour la chanson d’un œil méfiant, tant ils craignent que cela nuise les études de leur fils, et n’accepteraient pas qu’il se mette à « faire l’artiste ». Nous sommes en 1960. Salvatore a 17 ans.

Chose inespérée : Salvatore décroche la première place, avec Si j’osais. L’émission n’étant pas en direct, la surprise est vive en ce soir du 14 février 1960, lorsque Salvatore propose timidement à sa famille attablée d’écouter la radio ensemble le soir. Lorsque Antonio entend son fils remporter le premier prix, il comprendra, acceptera la réalité de sa vocation et saura épauler son fils dans les moments de découragement.

Merci, papa

Après cette victoire, Salvatore enregistre son premier disque, sans succès, suivi de trois autres qui eux aussi sont accueillis froidement. Découragé, il pense reprendre ses études. C’est alors, que son père, Antonio, le convainc de prendre le chemin de la capitale pour tenter sa chance. C’est lui, qui accompagne son fils à Paris. Salvatore reconnaissant en parle dans son poème Paris 60 :

Dans les années 60
Avec mes valses lentes
Mon filet de voix et mon papa
Je débarquais gare du nord
Dans un drôle de décor
Tel que je ne l’imaginais pas
C’était pas le gai de Paris
C’était froid, c’était gris
Y avait des CRS2 partout
On parlait d’Algérie
Nous n’avions qu’une envie
Retourner au plus vite chez nous
Ma guitare dans l’étui
Faisait comme un fusil
On nous fouillait tous les dix pas
On vient pour le concours
Ma petite chanson d’amour
Vous voulez que vous la chante
ou pas...

C’est son papa, Antonio Adamo, qui frappe sans relâche aux portes des maisons de disques et c’est lui qui trouve finalement la société où son garçon va signer son premier contrat.

Fallait le laisser faire, mon papa
Car là où il passait
Toutes les portes s’ouvraient
Le sourire d’un mot, d’un regard
Chez les impresarii
On ne parlait plus que de lui
Croyez-moi, c’était lui la star
Moi j’avais dix-sept ans

En 1963, Salvatore Adamo enregistre Sans toi, ma mie, son premier succès, une chanson romantique très opposée au courant yé-yé et rock’n’roll de l’époque. Ce titre envahit les juke-boxes de Belgique, où il devient un énorme tube. De là, il s’impose sur les ondes des radios en France. C’est le début d’une grande carrière d’auteur-compositeur-interprète italo-belge, devenu français de cœur. Jacques Brel lui apporte son soutien. Il l’appelle le « tendre jardinier de l’amour ». Malgré sa timidité naturelle, Adamo devient en 1964 une vedette en France, triomphant pendant trois semaines à l’Olympia.

Et voilà que Paris qui me sourit
Qui me tend les bras
J’en étais tout ébloui
J’y croyais pas
Et quand Paris applaudit
Ça vous prend là
Dans le noir, je vois deux yeux
qui brillent
Ceux de mon papa...

L’idole des jeunes sans être yé-yé

D’une voix particulière, ce jeune homme timide chante douceurs et fantaisies, tendresses et déceptions sur les airs des valses, des javas et des tangos. Il réussit à imposer son style. Classé au rang d’idole des jeunes par l’émission de radio, « Salut les copains », il réussit l’exploit de plaire également aux parents et même aux grands-parents. Son profil de jeune homme sage, son sourire, l’ironie, l’amour, l’humour et le romantisme de ses textes, le mélange d’ancien et de nouveau et toujours émotion à fleur de peau, font de lui un chanteur à part, qui plaît à tous les membres de la famille et qui réconcilie à l’époque comme aujourd’hui encore, toutes les générations.

De 1965 à 1966, sa popularité fait trembler tous les « idoles ». Les tubes s’alignent, dont il signe pour la plupart les paroles et la musique, il entame alors de longues tournées mondiales : l’Europe, l’Amérique du Sud et le Japon. Adamo connaît toujours le succès dans les années 1970-1980. Tout au long de ces deux décennies, il n’arrête ni les tournées, ni les sorties des albums. Sa compilation, sortie en 1989, devient très rapidement disque d’Or en France.

Et nous voici
aujourd’hui
Trente ans déjà
Je me sens toujours aussi
petit
Mais c’est sympa...

Et aujourd’hui ?

Ses 40 ans de carrière, le chanteur les a fêtés en 2003, en présentant les textes de son nouvel album Zanzibar. En même temps paraît une anthologie en trois CD avec tubes, raretés et chansons en six langues, ainsi qu’une biographie C’est ma vie et un recueil de ses textes de chansons À ceux qui rêvent encore.

Aujourd’hui, Adamo continue de sillonner la planète afin de transmettre partout du rêve et de la poésie. Il entame également une nouvelle carrière avec la sortie de son premier roman Le Souvenir du bonheur est encore du bonheur.

Son succès est international et sa réussite est proportionnelle à sa personnalité discrète et modeste. Premier ambassadeur bénévole du Comité belge pour l’UNICEF3 , Adamo-idole a su rester tout au long de sa carrière une anti-star : un homme simple, disponible et souriant. Un cas exceptionnel. Question d’éducation, sans doute…

Je me sens toujours aussi petit
Merci, PAPA...

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1 Johnny Hallyday, que tous les jeunes musiciens imitaient.
2 CRS – Compagnies Républicaines de Sécurité, les CRS forment la réserve générale de la Police Nationale
3 L’UNICEF (acronyme anglais pour United Nations International Children’s Emergency Fund) est une agence de l’Organisation des Nations unies chargée de l’aide humanitaire sur le long terme aux enfants et aux mères des pays en développement. Elle a été créée le 11 décembre 1946. Son financement est assuré par les États donateurs, mais aussi par des dons privés. Ses programmes portent essentiellement sur la santé et le bien-être des enfants.

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