Главная страница «Первого сентября»Главная страница журнала «Французский язык»Содержание №12/2009

Arts et culture

14 avril 2009. Maurice Druon est mort

Maurice Druon est mort. Il était secrétaire perpétuel de l’Académie française, ancien ministre des Affaires culturelles du gouvernement de Pierre Mesmer, grand écrivain, et surtout un des symboles de la Résistance. Un personnage qu’il est donc bon de connaître en vue des épreuves d’Histoire. A travers sa vie, c’est une page entière de l’histoire de France que l’on côtoie.

Maurice Druon aimé des Russes

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Le décès de Maurice Druon, 14 avril 2009, à quelques jours de ses 91 ans, a eu un grand retentissement en Russie où il était un écrivain très populaire.

Les livres de Maurice Druon, l’auteur des Rois maudits, décédé le 14 avril, ont connu un grand succès en Russie. A l’époque soviétique, il avait été surnommé « l’écrivain du papier à recycler » : comme pour d’autres articles rares, il n’était pas question d’acheter ses ouvrages, seulement de les échanger contre la « maculature », c’est-à-dire quelques kilos de vieux papiers réutilisés ensuite par l’industrie.

Lors de sa première rencontre avec Maurice Druon en 2003, Vladimir Poutine lui a confié qu’il avait lui aussi fait la queue pour obtenir l’un de ses ouvrages. Les tirages d’un million d’exemplaires étaient insuffisants pour tous les amateurs...

Maurice Druon venait souvent à Moscou, depuis 1953, et rencontrait ses lecteurs quand il se promenait dans la ville : « C’est vrai que j’ai beaucoup de lecteurs russes. Depuis le temps que mes livres sont publiés en Russie, des enfants sont devenus grands-parents. Et je veux les remercier pour leur amour. L’écrivain ne peut rien faire sans ses lecteurs ».

Les racines russes

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La Russie était le pays de ses racines : son père, l’acteur Lazare Kessel, membre de la Comédie-Française, est né à Orenbourg, dans le sud de l’Oural, en 1899. Exilé avec sa famille en 1908 pour s’installer à Nice, il s’est suicidé par balle, à l’âge de 21 ans, avant d’avoir reconnu son fils. L’enfant n’apprendra la vérité sur cette brusque disparition, qu’il croyait due à la grippe espagnole, qu’à l’âge de 18 ans. Ce qui le plonge dans une « affreuse crise d’angoisse et une hantise du suicide », confiera-t-il dans le premier volet de ses Mémoires, L’aurore vient du fond du ciel. Sa mère, qui épouse un notaire du Nord, René Druon, dont il prend le nom à 7 ans, l’a moins marqué que son oncle, Joseph Kessel (1898-1979), ce père adoptif, qui lui transmet cet « amour de la France » qui équilibre l’ascendance russe (« des juifs des steppes, qui étaient en fait des Khazars convertis »). C’est justement chez son oncle, que Maurice croise les as de l’Aéropostale, Jean Mermoz, Antoine de Saint-Exupéry et Henri Guillaumet, des musiciens tziganes et des chanteuses de cabaret russe.

Il se fera le promoteur de la culture russe en France. Il a reçu l’Ordre de l’Amitié des peuples en 1993, puis est devenu membre de l’Académie des Sciences de Russie en 2007.

« Comme les sentiments apparaissent entre les gens, des relations particulières se forment entre pays. Je pense que je suis un exemple de cette affinité franco-russe. Et j’en suis heureux. Je n’imagine pas ma vie sans la France et la Russie », déclarait-il.

Selon Vladimir Poutine, qui lui a rendu hommage, Maurice Druon était « l’homme unique, le penseur et l’écrivain dont le nom sera toujours vivant parmi ceux qui servent de repère pour le développement de la société moderne ». Il a ajouté que Druon était « un vrai ami de la Russie et un partisan de la consolidation des relations franco-russes, de la construction de “la Grande Europe” sans frontières où tous les peuples partageront les mêmes valeurs ». Maurice Druon, pour sa part, voyait en Poutine son « meilleur ami » en Russie.

Un symbole de la Résistance

Officier de cavalerie à l’école de Saumur, Maurice Druon participe en 1940 à la campagne de France. Il évoquera l’épisode dans son premier roman, La Dernière Brigade (1946). Démobilisé, il demeure en zone libre et fait représenter au Grand Théâtre de Monte-Carlo une pièce en trois actes, Mégarée, en 1942. La même année, il s’engage dans les rangs de la France libre, gagne clandestinement Londres, via l’Espagne et le Portugal, devient l’aide de camp du général François d’Astier de la Vigerie, puis pour la BBC travaille avec son oncle au programme « Honneur et patrie ». Chargé de mission pour le Commissariat à l’intérieur et à l’information, il devient, en 1944, correspondant de guerre auprès des armées françaises jusqu’à la fin du conflit.

Le Chant des Partisans

Il avait rejoint à Londres en 1942 le général de Gaulle, un homme à sa mesure dont il fit un jour la description suivante : « Haut, droit, dans son uniforme et les leggings, il m’apparut comme un chevalier du Moyen Âge, majestueux et déterminé. » Là, il entend Anna Marly chanter en russe Le Chant des partisans. Le terme de « partisan » n’était pas dans le vocabulaire français, c’est Anna Marly et les références à la campagne de Russie et la bataille de Smolensk qui apportera le terme. Maurice Druon et son oncle, Joseph Kessel rédigent alors sur cette musique une version française, appelée à devenir l’hymne officiel des mouvements de résistance au nazisme (1943)1. C’est un chant de marche, d’espoir et de bravade. « Ami, entends-tu ». Une Marseillaise FFL2. Ce refrain a mis le feu aux maquis, a galvanisé les énergies pour lutter contre l’ennemi.

Le Chant des partisans

Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux
sur nos plaines ?
Ami, entends-tu les cris sourds du pays
qu’on enchaîne ?
Ohé, partisans, ouvriers et paysans,
c’est l’alarme.
Ce soir l’ennemi connaîtra le prix du sang
et les larmes.
Montez de la mine, descendez des collines,
camarades !
Sortez de la paille les fusils, la mitraille,
les grenades.
Ohé, les tueurs à la balle et au couteau,
tuez vite !
Ohé, saboteur, attention à ton fardeau :
dynamite…
C’est nous qui brisons les barreaux des prisons
pour nos frères.
La haine à nos trousses et la faim
qui nous pousse, la misère.
Il y a des pays où les gens au creux des lits font
des rêves.
Ici, nous, vois-tu, nous on marche et nous on tue,
nous on crève…
Ici chacun sait ce qu’il veut, ce qu’il fait quand
il passe.
Ami, si tu tombes un ami sort de l’ombre
à ta place.
Demain du sang noir sèchera au grand soleil
sur les routes.
Chantez, compagnons, dans la nuit la Liberté
nous écoute…
Ami, entends-tu ces cris sourds du pays
qu’on enchaîne ?
Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux
sur nos plaines ?

Ecrivain, académicien, homme politique

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Avec le retour de la paix, Maurice Druon se consacre à la littérature. Ouvrant une trilogie intitulée La Fin des hommes, son roman Les Grandes Familles – chronique cynique et sévère de la grande bourgeoisie d’affaires, obtient le prix Goncourt en 1948. Suivront La Chute des corps, puis Rendez-vous aux enfers. L’écrivain est lancé. Il sera surtout connu pour l’aventure des Rois maudits qui retracent les conflits politiques et sentimentaux des cours royales de France et d’Angleterre à la veille de la guerre de Cent Ans. Le succès est considérable. Au point que deux adaptations pour le petit écran en seront proposées, par Claude Barma (1972), puis Josée Dayan (2005). Du conte pour enfants, Tistou les pouces verts (1957) à la veine du roman mythologique : Alexandre le Grand (1958), Les Mémoires de Zeus (1963-67), tout réussit à Maurice Druon. Il entre en décembre 1966 à l’Académie française à 48 ans. En 1973-1974, ce gaulliste historique devient ministre des Affaires culturelles dans le second cabinet Messmer sous la présidence de Pompidou. Il a aussi été député de Paris.

Quand on l’interrogeait sur son impressionnante bibliographie – un peu trop pour un seul homme ! –, Maurice Druon ne joue pas les vierges effarouchées : il reconnaît avoir recouru à des « nègres » pour produire à la chaîne ses best-sellers. Un véritable atelier à la Dumas... « Cela a été l’une de mes illusions de croire qu’on pouvait écrire à plusieurs. J’avais des chercheurs pour l’Histoire, des partenaires pour le scénario, et des plumes pour l’écriture. Et là, ça a été raté, et j’ai dû prendre la plume moi-même... » Le jeu néanmoins en valait la chandelle : l’immortel ne doute pas de laisser une trace dans l’histoire de la littérature. « Je suis né dans un monde, je mourrai dans un autre, et je serai lu dans un troisième. Ce que je lègue à la postérité ? Le Chant des partisans – un feuillet glissé dans l’Histoire, mais il y est. Je laisse aussi Les Grandes familles, témoignage sur une société finissante, et Les Rois maudits, deux fois adapté à la télévision, et imprimé à 23 millions d’exemplaires en Russie soviétique. »

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Voilà ce qui s’appelle être sûr de sa bonne étoile... Justement, Maurice Druon croyait dur comme fer en l’astrologie, depuis qu’une voyante, un jour de 1948, lui a annoncé son prix Goncourt avec quelques jours d’avance. « Elle m’a dit : “Vous allez avoir un coup de phare sur votre carrière et votre vie.’’ Quelques jours après, j’obtenais le Goncourt pour Les Grandes familles. » L’académicien consultait régulièrement un astrologue de ses amis. « Je n’attends pas qu’il me dise la bonne aventure, mais qu’il m’indique les périodes fastes et néfastes, celles où il faut marquer de la prudence ou entreprendre. Le mode de pensée des anciens était assez différent du nôtre : nos références sont sur un plan horizontal, eux avaient un système de correspondances vertical. Cela partait des planètes pour descendre jusqu’au minerai, en passant par tous les règnes de la vie. Sur le même axe, on trouvait ainsi Zeus, le pouvoir, l’aigle, l’amitié, le taureau... » Bref, tous les totems de Maurice Druon. Histoire de mettre toutes les chances de son côté, il promenait également dans son portefeuille une image pieuse de saint Druon, spécialiste des guérisons miraculeuses...

Adieu, Maurice Druon !

SOURCES :



1 Par opposition au célèbre « Maréchal, nous voilà », l’hymne national sous Vichy.

2 Les Forces françaises libres (FFL) étaient le nom donné aux forces armées ralliées à la France libre.

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