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Les Routes de l’Histoire

Le palais des Tuileries : octobre 1789-janvier 1793

Le palais des Tuileries fait partie du Paris disparu. Il a été construit à partir de 1564 par la reine Catherine de Médicis. Après le départ de Louis XIV, il a été littéralement squatté1 par des artistes de la Cour qui en ont été expulsés à leur tour pour permettre l’installation de la famille royale, ramenée par le peuple de Versailles, le 6 octobre 1789. Vers 22 heures, Louis XVI et sa famille, épuisé par ce long voyage, rejoignent sans escorte militaire les Tuileries. À partir de ce jour-là, leurs majestés s’y réinstallent pour quatre années.

« Tout est bien laid ici, maman ! »

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Désormais, soumise à la volonté des Parisiens, la famille royale est contrainte de s’installer aux palais des Tuileries. Ce palais qui n’a pas été habitée depuis près de 200 ans, est vide et silencieux. « Tout est bien laid ici, maman », dit timidement le jeune dauphin. On se débrouille pour trouver des chandelles. L’air frais s’engouffre par les vitres brisées et les corridors sans portes. Tant bien que mal, les souverains s’installent dans le seul logement habitable, un petit appartement qui servait à Marie-Antoinette lors de ses escapades parisiennes. Le lendemain, le peuple est massé devant les portes et réclame la reine et le roi. Plusieurs fois dans la journée, Louis XVI et Marie-Antoinette doivent se montrer aux fenêtres de leur appartement. Une vie de famille s’organise donc sous le regard curieux des Parisiens, au milieu des allées et venues des gardes nationaux, geôliers et espions. C’est la tristesse qui règne aux Tuileries. On est bien loin de la vie luxueuse de Versailles ! Un reste d’étiquette subsiste, mais ce n’est plus qu’une façade. D’ailleurs, beaucoup d’aristocrates ont déjà émigré. Malgré son jeune âge, le petit prince lui-même remarque les signes de désarroi. Un jour, il se décide à demander une explication de son père : « Je voudrais vous dire quelque chose de sérieux. Pourquoi votre peuple, qui vous aimait tant, est-il tout à coup fâché contre vous ? Qu’avez-vous fait pour le mettre si fort en colère ? ». Louis XVI ne répond rien : que pourrait-il répondre à ce gamin ?

La situation de Louis XVI est de plus en plus critique. En fait, il est retenu prisonnier au palais des Tuileries avec sa famille. Il comprend que son sort est entre les mains des révolutionnaires et de la foule dont la crainte d’un complot aristocratique s’accroît d’heure en heure. Le roi comprend que l’unique possibilité de se sauver et de sauver ses proches est de fuir.

La fuite du roi à Varennes, le 20 juin 1791

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Marie-Antoinette

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La fuite à Varennes

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Louis XVI

Le mardi 21 juin 1791, vers sept heures et demie du matin, le valet de chambre du roi s’aperçoit que le lit de son maître est vide. Tout de suite, il pense qu’il s’agit d’une fuite. Les Tuileries entrent dans une folle agitation, d’autant qu’on découvre tour à tour la disparition de la reine et de ses enfants ainsi que celle de Madame Elisabeth, sœur du roi. En quelques heures Paris apprend l’incroyable nouvelle. Le général La Fayette, commandant de la Garde nationale, agit sans tarder en expédiant l’ordre à ses aides de camp de se lancer à la poursuite des fuyards, ou, plus exactement, des « ennemis de la Révolution », qui ont « enlevé » le roi. Cette thèse de l’enlèvement va devenir thèse officielle. En réalité, Louis XVI qui se sent de plus en plus menacé par la Révolution, prépare cette fuite lui-même. Son frère, le comte d’Artois (futur Charles X), a quitté la France le lendemain même de 14 juillet 1789, donnant le signal de l’émigration.2 Dès ce moment, la question se pose pour le roi qui n’est plus capable de maîtriser le mouvement révolutionnaire. En deux ans de Révolution, les privilèges3 des nobles ont été abolis et les biens du clergé réquisitionnés. À Pâques, l’Assemblée refuse à Louis XVI le droit de se confesser à un prêtre qui a refusé de prêter serment à la Révolution. Le roi décide alors de s’enfuir. Son objectif : gagner l’est, pour franchir la frontière et tenter de se réfugier en Autriche, la patrie de Marie-Antoinette. Le 20 juin 1791, vers 22 heures, Marie-Antoinette quitte le salon et gagne le premier étage où elle ordonne à la femme de chambre de lever sa fille, Madame Royale et de la revêtir d’une petite robe qu’elle a apportée. Puis la reine se dirige vers l’appartement du Dauphin qui est déjà réveillé. « On va dans une place de guerre où il y aura beaucoup de soldats », lui dit la reine. Tout heureux de cette nouvelle, lui qui s’intéresse déjà à tout ce qui est militaire, Louis Charles demande ses bottes et son sabre. Mais ce n’est pas son uniforme de garde-française qu’on lui apporte : c’est une robe de petite fille. Durant le voyage, il sera Aglaé, et sa sœur, Amélie. Madame Royale lui ayant demandé ce qu’il croyait qu’on va faire, il répond : « On va jouer la comédie puisque nous sommes déguisés ! ». Des ombres quittent les Tuileries et se mettent dans un fiacre conduit par le Suédois Axel de Fersen4, déguisé en cocher. Tous attendent le roi et la reine. Louis XVI se rend dans la Chambre de Parade où doit se dérouler, selon l’étiquette immuable, la cérémonie du Coucher. Il est 23 h. Le roi remet son épée et son chapeau au gentilhomme de service et engage la conversation avec les assistants, dont notamment La Fayette. Mais Louis XVI n’est guère à la conversation et son regard se porte fréquemment vers la fenêtre. Finalement, le roi passe derrière la balustrade, se met à genoux pour réciter une prière, enlève son habit et vient s’asseoir dans un vaste fauteuil. Ce dernier geste marque la fin de la cérémonie du Coucher. Deux garçons de la chambre lui enlèvent ses chaussures en les laissant retomber bruyamment, selon l’étiquette, tandis que le valet prononce les mots traditionnels : « Passez, Messieurs ! » Tous s’inclinent, et Louis XVI reste seul avec son valet Lemoine et le jeune garçon du château, Pierre Hubert. Le roi peut enfin gagner sa chambre et se couche, aidé par ses deux serviteurs. Lemoine ferme les rideaux de l’alcôve et revient dans la chambre du roi où il a dressé son lit de camp. En réalité, Louis XVI s’est déjà glissé hors de son lit et a gagné l’appartement de la reine. Il y endosse une redingote vert, un gilet brun, se coiffe d’un chapeau rond et sort du palais. Il est 24 h 00 et on devrait quitter Paris. Mais la reine n’est toujours pas arrivée. Où est-elle donc ? Durant ce temps, la reine a gagné sa chambre pour donner des ordres pour la promenade du lendemain. Ses femmes la déshabillent tandis que les valets ferment les volets intérieurs. Marie-Antoinette se couche. Il est 23 h 20. Quelques instants plus tard, la reine se lève, met une robe grise et un manteau noir ; elle fait glisser sans bruit le verrou et ouvre la porte qui donne sur le long couloir. Horreur ! Une sentinelle est là, faisant les cent pas. Il a fallu à la reine attendre plus de dix minutes, jusqu’à ce que la sentinelle tourne le dos, pour se glisser hors de sa chambre. Elle a pu alors gagner le jardin. Par malheur, elle s’est ensuite égarée dans le labyrinthe des ruelles entourant la place du Petit-Carrousel. Il est 0 h 45 quand Marie-Antoinette se glisse enfin dans une grosse berline5. On peut s’en aller. À la porte Saint-Martin, les fuyards sortent de la capitale endormie. Fersen fait ses adieux au roi et à la reine et se dirige vers Bruxelles où il devrait rejoindre Leurs Majestés. Il ne sait pas que quelques heures après le départ de la famille royale, l’alerte est donnée : « Le roi est parti ! ». On envoie aussitôt les courriers dans toutes les directions pour rattraper les fuyards, dont le lourd véhicule prend la route de Metz. Toutes les trois lieues (12 kilomètres), les chevaux sont changés. Louis XVI est calme, car il sait qu’au prochain relais de poste, il retrouvera 60 cavaliers armés. Mais il n’y voit personne. Mauvais signe. À l’étape suivante, le bruit se répand comme une traînée de poudre : « Le roi vient de passer ». Quand les fuyards arrivent enfin à Varennes-en-Argonne, après avoir déjà parcouru de nombreux kilomètres vers la liberté, on arrête la berline et demande les passeports. Ils sont reconnus. Un homme s’avance vers le roi et s’incline : « Bonjour, Sire ! ». Tout est fini. Le beau rêve s’arrête là. La tragédie commence. Le lendemain matin, à 6 heures du matin, les émissaires de l’Assemblée ont l’ordre de ramener les fugitifs à Paris. Les souverains, accablés, sales, les yeux cernés de leur folle escapade, refont le même trajet dans le sens inverse. Cette fois, les Français qu’ils rencontrent sont au courant : un concert de hurlements ne cesse d’accompagner les prisonniers. À Paris, c’est le silence. La berline arrive à Tuileries. En entrant dans ses anciens appartements, Marie-Antoinette enlève son chapeau : ses cheveux, blond cendré il y a cinq jours, sont devenus tout blancs. Le roi et la reine sont prisonniers. Des sentinelles sont postées jusque sur les toits du palais. Les révolutionnaires réclament le jugement du roi « traître à la Nation ».

Louis XVI ne sera plus roi de France

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Le roi et sa famille sont ramenés à Paris

À Paris, l’été 1791 est bien agité. Les membres de l’Assemblée terminent le texte de cette Constitution qu’ils ont juré d’élaborer, le 20 juin 1789, lors du Serment du Jeu de Paume. La fuite à Varennes choque les députés et porte un coup mortel à la royauté. L’Assemblée refuse pourtant de se laisser entraîner à l’établissement de la république, synonyme pour beaucoup d’anarchie. C’est pourquoi, tandis que Louis XVI et la famille royale sont ramenés aux Tuileries, les députés évoquent, contre toute vraisemblance, l’enlèvement du roi. Ils décident pourtant, pour calmer l’opinion publique, que les décrets de l’Assemblée seront exécutés sans avoir besoin de la sanction royale. La nouvelle Constitution est votée le 3 septembre 1791. Le 14 septembre 1791, Louis XVI, rétabli dans ses pouvoirs, l’accepte solennellement et prête serment de fidélité à la Nation. Cette fois, la révolution politique est accomplie, la monarchie absolue a cessé d’exister, c’est la monarchie constitutionnelle. Louis XVI ne sera plus roi de France, mais « roi des Français ». Il lui reste cependant le droit de veto6. La tâche des députés est terminée : ils ont énoncé de grands principes : liberté (de presse, d’opinion, de conscience), égalité des citoyens, respect de la propriété, souveraineté de la nation. Ils ont réorganisé l’administration du royaume en divisant le territoire en départements, créé une organisation judiciaire nouvelle, etc. Le 30 septembre 1791, les élus de l’Assemblée se séparent pour laisser la place à la nouvelle Assemblée, appelée Assemblée législative. Ce jour-là, le président de l’Assemblée constituante, Thouret, salue le roi par ces mots : « Sire, Votre Majesté à fini la Révolution ». Les membres de l’Assemblée constituante se séparent, persuadés que cette fois, la Révolution est terminée. Ils se trompent lourdement une fois de plus. La monarchie constitutionnelle qu’ils ont instaurée ne va pas durer un an. Le 1er octobre 1791, l’Assemblée législative tient sa première séance.

La France entre en guerre

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Le roi accepte la Constitution. Gravure

Le 20 avril 1772, sur la proposition de Louis XVI, l’Assemblée vote la déclaration de la guerre contre l’empereur autrichien François II. Quant à Louis XVI, il compte sur l’intervention des armées étrangères pour retrouver la plénitude de son autorité. Bon nombre de députés sont partisans d’une guerre eux aussi : ils voient dans une grande croisade contre « les despotes européens » un moyen d’exporter la révolution et de proclamer la république. La guerre débute plutôt mal pour la France. L’armée française est mal préparée : les deux tiers des officiers ont émigré ; ceux qui restent méprisent les jeunes officiers recrutés ; quant à la troupe, elle préfère la liberté à la discipline. Les soldats français doivent battre face aux troupes coalisées de la Prusse et de l’Autriche. Le peuple de Paris crie à la trahison de Marie-Antoinette, cette « Autrichienne » et de « ce cochon de Louis », son époux. Des débats animés et violents secouent alors l’Assemblée législative. Les députés multiplient les attaques contre le roi qu’ils soupçonnent de complicité avec les puissances étrangères. À la tribune, Robespierre7 se lance dans un violent réquisitoire contre Louis XVI : « À quoi bon garder une Constitution, puisque le roi veut nous perdre », dit-il. La situation s’aggrave lorsque l’Assemblée législative ordonne aux prêtres de prêter un serment civique sous peine d’être considérés comme suspects et être déportés. Louis, touché dans sa conscience du chrétien, oppose alors son veto. Pressent-il alors sont destin tragique, ce malheureux roi déchu ?

20 juin 1792. Les sans-culottes8 au palais des Tuileries

Dans Paris, un cri domine tous les autres : il faut exiger la suppression du veto ! Le 20 juin 1792, quelque vingt mille manifestants se regroupent faubourg Saint-Antoine et défilent à l’Assemblée, portant diverses enseignes, sur lesquelles on lit des inscriptions menaçantes, telles que : « À bas le veto ! », « Le peuple est las de souffrir ! », « La liberté ou la mort ! », « Le roi et la reine préparent une contre-révolution ! », puis se dirigent vers le château de Tuileries, le prennent d’assaut et l’envahissent. La foule trouve Louis XVI qui s’est réfugié dans l’embrasure d’une fenêtre d’un salon. Là, juché sur une banquette, il est insulté, bousculé, mais sans jamais perdre de sa dignité. Aux menaces il répond calmement : « Je n’ai pas peur ; qu’on fasse de moi ce qu’on voudra ». La foule enragée exige que Louis retire son veto. Mais le roi refuse d’abandonner son droit de veto, seul vestige de son pouvoir qui lui reste. « La force ne fera rien sur moi, déclare Louis XVI, je suis au-dessus de la terreur. »

Le roi coiffe le bonnet rouge9

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Maximilien Robespierre

S’avançant au milieu de la foule, Louis Legendre, un ancien boucher au club des Cordeliers déclare : « Monsieur ! »10 Rabaissant ainsi le roi au rang de simple citoyen, il continue : « Oui, Monsieur, écoutez-nous. Vous êtes un perfide.11 Vous nous avez toujours trompés, vous nous trompez encore. Mais prenez garde à vous ; la mesure est à son comble ; le peuple est las de se voir votre jouet. » Legendre lit ensuite la pétition au nom du peuple, Louis XVI, toujours impassible, se contente de répondre : « Je suis votre roi, je ferai ce que m’ordonnent de faire les lois et la Constitution ». Alors quelqu’un s’exclame : « Allons, Monsieur, prenez le bonnet rouge qui est sur la pointe de cette pique ». Louis humilié, obéit et avant de se coiffer ce couvre-chef, il est contraint d’y rajouter une cocarde tricolore qui ornait l’épée d’une femme. Coup de théâtre : le peuple est très touché par ce geste du roi et s’écrie : « Vive le roi, vive la Nation ! ». C’est fini pour aujourd’hui. Louis XVI apporte une précision : « J’ai fait ouvrir les appartements ; le peuple défilant du côté de la galerie aura plaisir à les voir ».

Les émeutiers traversent la Chambre de parade. On ouvre la porte de la Chambre du Conseil et tous se figent : Marie-Antoinette, qu’ils ont tant cherchée, est là, derrière la table sur laquelle se tient debout le petit dauphin. On crie : « Faites place pour que le peuple entre et voie la reine ! » ; « Regardez la reine et le prince royal ! ». Un officier pose un bonnet rouge sur la tête de Marie-Antoinette. La reine l’enlève et le pose sur la tête de son fils. Le flot des émeutiers s’écoule lentement, agitant des écriteaux avec l’inscription : « Marie-Antoinette à la lanterne ! ». À six heures du soir, Jérôme Pétion de Villeneuve, le nouveau maire de la Commune de Paris12, arrive aux Tuileries et propose à la foule de quitter le château royal : « Citoyens, vous avez présenté votre pétition, vous ne pouvez aller plus loin. Le roi ne peut ni doit répondre à la pétition présentée à main armée. Il verra, dans le calme, ce qu’il a à faire. Le peuple a fait ce qu’il devait faire. Vous avez agi avec la fierté et la dignité d’hommes libres. Mais c’est assez, retirez-vous ! ». À 20 h 00, cette ignoble mascarade prend fin. Des portes fracassées gisent à terre. On marche sur des morceaux de glace. Louis XVI peut enfin retrouver les siens qui se jettent à son cou. Le 4 août 1792, la Cour obtient quand même l’installation au palais des Tuileries des gardes Suisses. De nombreux gentilshommes se joindront à eux pour défendre Louis XVI et sa famille.

25 juillet 1792. Paris sera-t-il détruit ?

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Le 25 juillet, le duc de Brunswick, commandant en chef des armées autrichienne et prussienne, lance son fameux manifeste qui menace « d’une vengeance exemplaire et à jamais mémorable, en livrant la ville de Paris à une exécution militaire s’il est fait la moindre violence, le moindre outrage à Leurs Majestés, le roi et la reine ». Le manifeste parvient à Paris le 1er août 1792 et met le feu aux poudres. Il est très mal accueilli par l’Assemblée et par le peuple. Son ton agressif et provoquant va raviver une ardeur patriotique des révolutionnaires. Au lieu d’être terrifiés, les Parisiens se jettent dans la rue pour protester. Partout on s’arme et l’on crie qu’il faut en finir avec les rois. Le manifeste de Brunswick provoque ainsi les mouvements populaires et précipite la chute de la monarchie. Les Parisiens appelés par Danton13, le tribun du club des Cordeliers, renversent la Commune de Paris et forment une Commune insurrectionnelle qui remplacera le gouvernement municipal. Le tocsin14 commence à sonner et ne s’arrête que le 10 août, vers 4 heures du matin. Mais le lourd silence qui succède aux volées de cloches paraît plus angoissant encore… Tout Paris semble marcher sur les Tuileries.

Les Français deviennent des « citoyens »

La Constitution de 1791 a déclaré « citoyen » tout individu né en France d’un père Français. À partir du 10 août 1972, on commence à substituer les appellations « citoyen » et « citoyenne » à « monsieur », « madame » ou « mademoiselle ». De même, le vouvoiement disparaît, tout le monde est obligé de se tutoyer. Le terme « citoyen » disparaîtra sous le Consulat, en novembre 1799, mais subsistera dans les actes officiels jusqu’à la proclamation de l’Empire, en mai 1804. L’Assemblée législative abolit les décorations et signes extérieurs de distinction de naissance. La Sorbonne est supprimée. Le port d’habits ecclésiastiques en dehors des édifices religieux est interdit.

10 août 1792. « Sire, le temps presse… »

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La foule va chercher le roi

Le palais des Tuileries est fort mal défendu. Le roi a passé une nuit blanche et ne s’est endormi que peu avant l’aube. Réveillé vers 6 heures du matin, Louis XVI, « tout dépoudré, la perruque aplatie d’un côté », descend dans la cour du Carrousel pour y passer en revue les restes de ses troupes, un millier de gardes suisses, qui l’accueillent aux cris de « Vive le roi ! ». Entre-temps, des rangs des sans-culottes15 s’approchent en montant des cris : « À bas le cochon ! ». Le tocsin commence à sonner à l’église des Cordeliers. Toutes les églises de Paris répondent à ce signal. Marie-Antoinette qui ne s’est pas couchée, écoute le son angoissant des cloches qui monte dans la matinée étouffante. Il ne reste qu’une seule solution : cacher la famille royale à l’Assemblée qui se trouve a deux pas du palais des Tuileries : « Sire, Votre Majesté n’a pas cinq minutes à perdre, il n’y a plus de sûreté pour Elle que dans l’Assemblée nationale. Sire, le temps presse, ce n’est plus une prière, ce n’est plus un conseil… Nous vous demandons la permission de vous entraîner. » Le premier, Louis XVI sort de la chambre. La reine et le dauphin le suivent, puis Madame Elisabeth, sœur du roi, qui donne le bras à sa nièce, Mme Royale, enfin la princesse de Lamballe, l’amie dévouée de la reine, les ministres et les fidèles. Et le petit groupe se dirige vers le jardin éblouissant de soleil.

(La sortie du Manège (face à la rue de Castiglione), vers les jardins, se faisait par un escalier de quatorze marches en pierre. Il existe encore. Donc, grimpons-les et songeons au roi, Louis XVI et sa famille qui les ont gravis, fuyant l’émeute pour se réfugier au Manège où siégeait l’Assemblée législative.)

Dans les antichambres, le groupe de Suisses, d’officiers et de gentilshommes s’inclinent une dernière fois devant cette royauté pour laquelle ils vont mourir. Deux heures plus tard la foule, après avoir jeté à bas la statue équestre de Louis XIV, symbole de l’absolutisme de la place de Louis XIV (l’actuelle place Vendôme), pénètre dans le château et massacre les Suisses et les derniers défenseurs de la monarchie. Ils seront tous tués sur place, détroussés, déshabillés afin de récupérer leurs vêtements, et pour beaucoup décapités. Le palais deviendra le théâtre de sanglants combats et succombera finalement, et la monarchie avec lui.

La famille royale sera incarcérée au Temple

Depuis lors, le roi reste impassible, comme indifférent aux tragiques événements. Marie-Antoinette, elle, est très anxieuse : elle a surtout peur pour ses enfants. Vers treize heures, alors que l’on compte les morts aux Tuileries et l’on entasse les cadavres sur des chariots qui les transporteront à la fosse commune au cimetière de la Madeleine (aujourd’hui square Louis XVI), une délégation de Parisiens se présente à l’Assemblée. Elle réclame la déchéance de Louis XVI. Alors les députés : Robespierre, Marat16, Danton demandent que le roi soit définitivement suspendu de ses fonctions. Ce qui est fait. Mais le roi, même s’il est officiellement suspendu, est toujours là. Il faut le loger quelque part… Mais où ? Les députés envisagent de loger la famille royale au palais de Luxembourg. Mais la Commune insurrectionnelle exige que « le tyran et sa famille » soient incarcérés au Temple, lugubre forteresse moyenâgeuse (l’ancien siège des Templiers, massacrés au XIVe siècle sur l’ordre du roi Philippe le Bel).

L’Assemblée législative est remplacée par la Convention.
La République est née

Le roi est donc déchu de ses pouvoirs, il ne s’agit donc plus de la monarchie constitutionnelle. La Constitution en vigueur n’a donc plus aucune valeur. Alors, l’Assemblée législative laisse la place à une nouvelle Assemblée qui va être élue afin d’élaborer une nouvelle Constitution adaptée à la situation. Cette assemblée prend le nom de la Convention nationale17. Elle siège, elle aussi au Manège (jusqu’au 10 mai 1793). Désormais, le pouvoir est entre les mains du peuple. Dès sa première séance publique, le 21 septembre 1792, la Convention décrète l’abolition de la royauté, à l’unanimité des 300 membres présents. Le lendemain, elle décide qu’à compter de ce jour les documents administratifs seront datés de « l’an 1 de la République française ». La République18 naît ainsi, le 22 septembre 1792. Elle est déclarée une et indivisible – ce sera le premier article de la constitution de l’an 1. Ainsi, en moins de quatre ans, les Français sont passés de la Monarchie à la République, après une brève parenthèse de Monarchie Constitutionnelle.19

Le palais des Tuileries, qu’est-ce qu’il devient ?

La Convention s’y installe le 10 mai 1793, marquant la prise du pouvoir du peuple. Les députés y siègent jusqu’au coup d’État de Bonaparte en 1799. Enfin, les Tuileries ont brûlé en 1871, lors de la Commune de Paris. Les pierres ont été vendues. Certaines ont été acheminées jusqu’en Corse pour édifier le château d’un aristocrate.



1 Occupé illégalement.

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Georges Jacques Danton

2 Mouvement de départ vers l’étranger qui, à partir du 14 juillet 1789, entraîne les nobles. Le chiffre global des émigrés serait de l’ordre du million.

3 Villes, corporations, ordres, métiers : les privilèges sont la loi ordinaire de l’Ancien régime. Le 4 août 1789, l’Assemblée nationale, au nom de l’égalité de tous les Français, vote l’abolition des privilèges – au premier rang desquels les droits féodaux.

4 Comte suédois (1755-1810), il est célèbre surtout pour sa profonde amitié avec la reine de France Marie-Antoinette.

5 Carrosse, garnie de glaces et de capote. Très à la mode à Berlin, au XVIIIe siècle.

6 1718 (lat.), je m’oppose. Formule par laquelle le roi avait le droit de s’opposer aux décisions de l’Assemblée.

7 Maximilien Robespierre (né 1758 à Arras (Artois), mort guillotiné le 28 juillet 1794 à Paris, place de la Révolution), avocat et homme politique français. Il demeure l’un des personnages les plus controversés de la Révolution française, surnommé « l’Incorruptible » par ses partisans et qualifié de « tyran » par ses ennemis.

8 Ce sont les Parisiens de petits artisans et boutiquiers aux revenus modestes, très sensibles aux problèmes de hausse des prix et de chômage, qui coiffés du bonnet rouge, participent à tous les mouvements insurrectionnels dans la capitale. Ils s’opposent aux riches (nobles ou bourgeois), agissent dans les clubs parisiens ainsi que dans les débats de l’Assemblée. Ce sont les « gardiens de la Révolution » et, à ce titre, ils réclament des mesures énergiques contre tout ce qui pourrait l’affaiblir. Armés, ils représentent une force politique redoutable. Ils sont éliminés en 1795.

9 Ou bonnet phrygien : dès les débuts de la Révolution, le bonnet rouge devient un emblème révolutionnaire. De couleur rouge après 1791, le bonnet est le symbole de la Liberté retrouvée et du civisme, par opposition au bonnet phrygien des esclaves de l’Antiquité. Il est décrété « emblème du civisme et de la liberté » par l Convention en 1793.

10 Au lieu de « Sire ».

11 Qui trahit celui qui lui fait confiance.

12 Le terme désigne le gouvernement de la municipalité parisienne à partir de juillet 1789. Le 10 août 1792, la Commune légale est renversée par une Commune insurrectionnelle.

13 Georges Jacques Danton (né en 1759 et mort guillotiné en 1794), homme politique, fondateur du club révolutionnaire des Cordeliers, ministre de Justice, responsables des massacres de Septembre 1792.

14 Sonnerie de cloche répétée et prolongée, pour donner l’alarme.

15 Appelés ainsi parce qu’ils portent le pantalon et non la culotte des aristocrates. (1792) Nom que se donnaient les républicains les plus ardents de la Révolution. Ce sont les Parisiens (de petits artisans et boutiquiers aux revenus modestes, très sensibles aux problèmes de hausse des pris et de chômage), qui coiffés du bonnet rouge, participent à tous les mouvement insurrectionnels dans la capitale. Ils s’opposent aux riches (nobles ou bourgeois), agissent dans les clubs parisiens ainsi que dans les débats de l’Assemblée.. Ils sont éliminés en 1795.

16 Jean-Paul Marat (ne en 1743 et mort assassiné par Charlotte Corday en 1793), médecin, journaliste, fondateur du journal révolutionnaire L’Ami du peuple.

17 Elle réunit le pouvoir législatif et exécutif. Elle reste en place jusqu’à l’établissement du Directoire le 26 octobre 1795.

18 Etat ou gouvernement populaire. Dictionnaire universel 1690.

19 Il est vrai que cette évolution a été préparée par la lente désacralisation du roi qui s’est opérée tout au cours du XVIIIe siècle.

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